Le tas et la rangée

On nous a livré avant-hier et hier 15 stères de bois de chauffage. Le livreur a bien manœuvré avec son tracteur pour déverser chaque fois 5 stères de sa remorque dans le garage. Deux hommes sont venus pour ranger le bois. Quand j’étais plus jeune, je le rangeais moi-même à raison de 5 stères par semaine, alors qu’il en fallait à nos deux hommes environ une heure et demie. 

Cela m’a rappelé ce que j’ai écrit dans mon journal au temps de la maladie de Janine :

Face à la destruction à l’œuvre dans la maladie d’Alzheimer, j’ai besoin de faire œuvre de création, et pas seulement avec l’écriture. Je ressens cela tous les ans rien qu’en rangeant, sel ou avec de l’aide, nos vingt stères de bois livrés sciés. Je passe du tas à la rangée. C’est beau, une rangée de bois. Vu de face, on dirait une mosaïque.

C’est l’opposé de la maladie d’Alzheimer, qui fait passer  de la rangée au tas. Alzheimer ne cesse de dé-ranger Janine. Face à cette maladie, j’ai besoin de faire des rangées de bois…et des rangées de mots (La plume du silence, p.213).

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