Partager la publication "Les douves et les mots"
Mon père était tonnelier. J’aimais assister dans son atelier à la fabrication des tonneaux. Surtout à ce moment où l’on fait passer le bois par l’eau et le feu.
Les douves, une fois préparées, sciées, rabotés, ajustées et rassemblées à une extrémité autour d’un, puis plusieurs cercles, sont plongées pendant une demi-heure dans de l’eau portée à ébullition. Ainsi ramollies, elles sont prêtes à être cintrées sous la pression d’un câble qui ceinture les douves à l’extrémité où elles sont encore écartées. On serre au moyen d’un treuil jusqu’à la jointure des douves. Le tonneau est formé.
Pour sécher le bois et qu’il garde sa forme, on allume un feu de gros copeaux de bois à l’intérieur du tonneau qu’on fait rouler dans un mouvement de va-et vient entre deux tonneliers.
Je vois les gerbes d’étincelles s’échapper très haut des deux côtés du tonneaux qui roulait entre mon père et mon oncle, tonnelier lui aussi.
En ajustant des douves pour faire un tonneau, mon père m’a appris à faire un livre en ajustant des mots.

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