Dans une lettre écrite pour mon anniversaire, en 1975,Janine dit :
Jean est-ce que je sais encore t’écrire une lettre ? Toi mon amour, mon ami, mon complice […]. Toi avec qui j’aime vivre, rire, réfléchir […]. Toi avec qui j’aime boire un petit coup, préparer un repas, faire une ballade, lire et réfléchir. Toi avec qui j’aime Weitbruch.
Voilà, je m’angoisse. Quoi, je possède un tel trésor ? Est-ce possible ?
En 1969, nous n’étions alors pas encore mariés, elle écrit à un ami commun :
Je sais ce que je possède. Je sais tellement ce que Jean me donnerait dans une vie d’époux. Le savoir est déjà tellement…
En 2011, Janine étant malade d’Alzheimer depuis déjà 17 ans, je lui écris :
Moi aussi je sais ce que je possède. Tu n’as jamais été autant à moi que depuis que je t’ai perdu. T’ai-je donné ce que tu attendais de moi « dans une vie d’époux » ? Toi, tu m’as donné « toi » : « Je te donne « moi », m’as-tu dit un jour où je t’ai fait remarquer que tu n’avais rien dans les mains que tu me tendais.
Aujourd’hui, absolument pauvre, tu continues à me donner ce que tu as de plus précieux : Toi.
Le Royaume de Dieu est comparable à un trésor caché dans un champ qu’un homme vient à trouver, dit Jésus (Matthieu 13,44).
Tu es mon trésor caché dans le champ d’Alzheimer.

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